Wild Bunch Distribution

Martyrs :

Au commencement, il n'y avait rien. Le néant.
Quelques tentatives qui se soldèrent pas un échec commercial faute à une trop mauvaise diffusion des films en salle.
Et puis, septembre 2008, il est arrivé. Il est arrivé le film d'horreur francais qui pouvait donner au cinéma de genre de l'hexagone ses lettres de noblesse
. Martyrs, ou la bombe atomique qui pulvérise les préjugés et la France bien pensante.

Mylène Jampanoï. Wild Bunch Distribution

Lucie est une enfant traumatisée par les violences qui lui ont été infligé par des inconnus. Enfermée longtemps dans un cachot sombre, privée de nourriture correcte, et maltraitée tous les jours, la jeune fille ne parvient pas à oublier, après sa miraculeuse évasion, les sévices qu'elle a subie. Très perturbée mentalement, Lucie se croit constamment poursuivie par une horrible créature humaine, qui représente en réalité les remords du survivant ( en effet, lucie n'était pas la seule victime de ces tortures, mais les autres ne sont s'en pas sortis ... ).
Des années plus tard, Lucie descend froidement au fusil de chasse une famille entière de bourgeois qu'elle croit reconnaitre comme ses anciens tortionnaires. Prévenue rapidement du massacre, Anna, sa meilleure amie, rejoint directement la maison où a eut lieu le carnage. Constatant la véritable boucherie qui s'y est déroulée, Anna va d'abord tenter de sauver ce qui peut l'être, c'est à dire pas grand chose.
Mais elle va bientôt elle aussi sombrer dans un enfer inimaginable devenant elle aussi victime ...

Morjana Alaoui. Wild Bunch Distribution

Si l'on me demandait de choisir deux mots qui définiraient le mieux, selon moi, Martyrs, je choisirai Violence et passion.
Violence pour commencer.
Violence comme celle qui parcourt tout le film, comme celle que subissent les personnage et comme celle que subit le spectateur. Violence de l'histoire, violence de l'image.
Martyrs est l'un de ces films qui vous fait ressentir phisiquement la violence qu'il dégage. La scène de l'éxécution de la famille, qui marque le réel commencement du film, est d'un rélisme saisissant. Ce ne sont pas les personnages qui se prennent des balles, c'est vous. C'est vous qu'on agresse sur votre fauteuil !
La tornade de vengeance meurtrière qu'est Lucie débarque à un moment qui ne le laissait pas présager ( un petit déjeuner d'une famille francaise aisée ) et ravage tous sur son passage. Comme béatrice Kido dans Kill Bill, lucie est sans pitié, et l'éxécution des deux adolescents innocents en retournera le coeur de plus d'un ... Avec cette scène d'une violence inouie, Laugier entre dans la légende. L'image de la femme en quête de vengeance est d'ailleurs à l'origine du film. Dans Mad Movies, Pasal Laugier expliquait qu'"il avait à l'esprit la figure de la fille vengeresse
armée d'un fusil à canon" et c'est cette dernière qui a lancé l'ecriture du scénario.

Mylène Jampanoï. Wild Bunch Distribution
  
Violence aussi que subira Anna, celle du choc de la découverte du massacre, celle de la mort de son amie, celle de l'enfer que lui infligeront ses tortionnaires. Après Martyrs, les Saw et autres peuvent aller revoir leur pâle scénario ... Car ces films, qui sont quand même essentiellement caractérisés par leur envie de montrer de la violence et du gore encore et toujours plus sont ici largement dépassé. Le problème principal de ces films et qu'ils ont tendance à banaliser la violence au cinéma, dans l'optique de choquer encore et toujours plus le spectateur. Mais cette surenchère de violence et de gore a ses limites. Martyrs, à la différence de ces films montrent une violence insoutenable, indéfendable et totallement dénué de toute raison. Comme dans Funny Games, ce film dénonce en quelque sorte cette banalisation, et montre des  images réellement insupportable. Il ne faut pas trop rire de la violence, cela ne viendrait d'ailleurs même pas à l'esprit lorsque l'on regarde Martyrs ( où même les scènes où les tortionnaires forcent Anna à se nourrir donnent la nausée ) ce qui n'est pas forcément le cas avec un saw ou un hostel ...
Bon bref, fin de la parenthèse.
Violence aussi des images qui jallonent tout le film et qui ont effrayé la censure au point que le film a faillit être interdit au moins de 18 ans.
Passion ensuite.
Passion et amour qui sont aussi le fil conducteur du film, Pascal Laugier expliquant, toujours dans Mad Movie, qu'il concevait l'histoire de son film avant tout comme une histoire d'amour entre les deux personnages principaux féminins Anna et Lucie. C'est l'amour qui guidera Anna our surmonter la torture, un amour à sens unique, mais intemporel, au delà de la mort. Passion et talent, comme tous ceux qui ont travaillé sur ce film. Celle des formidables actrices que sont Morjana Alaoui et Mylène Jampanoi, qui illuminent le film dans le rôle très dure des deux femmes. Celle aussi d'un maquilleur au talent énorme énorme et qui rend horriblement réaliste Benoît Lestang, partis trop tôt.



Et puis bien sûr aussi, celle d'un réalisateur francais talentueux et que j'espère revoir bientôt.

Passion enfin pour ce cinéma que j'aime.
 
Martyrs est un film à intérêt multiples. Novateur en France, et explosif pour son traitement de la violence, espèrons que le film de Pascal Laugier ne soit pas que le début et la fin d'une série dans le cinéma francais.