Massacre à la tronçonneuse : le commencement

Entre le repas de noël et celui du réveillon de fin d'année,  l'idée de regarder un film sur des cannibales dégénérés m'a parut séduisante. Et oui, on ne change décidément pas et cela faisait trop longtemps que je n'avais pas fait de critique de films d'horreurs.
Massacre à la tronçonneuse le commencement tente de raconter quelles furent les débuts et l'histoire des Hewitt, la famille de Leatherface ( personnage inspiré d'Ed Gein l'un des tueurs les plus sanglants qu'est connus l'Amérique ), comme le titre l'indique bien ...
Réaliser ce prequel n'était pas l'une des tâches les plus faciles, et le film fut, chose assez surprenante, confié à Liebesman, réalisateur peu chevronné qui avait été à la direction en 2003 de Nuit de terreur. Le résultat n'est pourtant pas si mauvais, et la franchise lancée par Hooper, l'un des pères fondateurs du cinéma d'horreur, garde de sa superbe.



Avant de partir pour le Vietnam, deux frères décident de s'offrir deux derniers jours de repos en compagnie de leurs copines. Dean, le plus jeune, n'a vraiment pas envie de partir pour cette guerre, et avec sa copine il projette de s'enfuir au Mexique avant la fin du week-end.
Dans une région assez hostile ( des hordes de motards, des cinglés partout, des vaches en plein milieu des routes ... ), nos quatre compagnons vont vite se rendre compte qu'ils auraient mieux fait de lire le guide du routard avant d'arriver dans un coins si pommé.
Une motarde les prend en chasse sur la route,ce qui provoque un accident ( la voiture se prend une vache de plein fouet ... la pauvre ).
Un shérif se pointe assez rapidement, constate les dégâts ... et flingue sans attendre la motarde ! Les jeunes sous le choc réalisent bientôt que le fameux shérif Hoyt n'est pas exactement un représentant classique de l'ordre. La procédure réglementaire, il connait pas la monsieur !

R. Lee Ermey, Taylor Handley, Cyia Batten, Diora Baird et Matthew Bomer. Metropolitan FilmExport R. Lee Ermey. Metropolitan FilmExport
Au lieu de les amener dans un commissariat, il les amène chez ... sa maman ! Mais là ou ça va vraiment se corser, c'est quand le shérif va demander à son fils, un espèce de costaud barbare qui ne parle pas, de les accrocher et de les attacher à des piliers comme on le fait pour les cochons à l'abattoir !

Taylor Handley, R. Lee Ermey et Matthew Bomer. Metropolitan FilmExport

Les deux frères comprennent alors rapidement qu'ils doivent absolument s'enfuir de cette maison de fous, si ils ne veulent pas finir dans l'assiette de leurs invités ! Découvrant l'horreur de l'endroit où ils sont tombés, ils vont tous tenter de sauver leur peau.
Le bruit de la tronçonneuse retentit déjà dans le lointain ...



Massacre à la tronçonneuse c'est l'un des mythes du cinéma d'horreur. Réaliser une suite, un remake ou un prequel est donc forcément quelque chose qui n'est pas aisé. Car l'innovation et la surprise du film de Tobe Hooper semble être difficile à atteindre de nouveau pour les réalisateurs actuels qui se frottent au mythe de Leatherface.
En effet, Massacre à la tronçonneuse n'est pas un film banal. La censure qui a interdit la sortie en salle du film dans la plupart des pays pendant une période incroyablement longue ( réalisé en 1974 le film ne sortira qu'en 1977 en France et en 1999 en Angleterre ! ) est assez révélatrice de l'impact que pouvait avoir le film sur les spectateurs de l'époque.
Mais bon, les choses ont bien changé maintenant, puisque le film a bénéficié en l'espace de 3 ans  d'un remake et d'un prequel. L'instinct financier de certains producteurs ( et autres ) semble être plus et la proportion de remake de films d'horreurs est assez impressionnante. Massacre à la tronçonneuse n'échappa pas à la mode.
C'est donc toujours avec quelques préjugés que je regarde ces ersatz de films cultes. Mais Massacre à la tronçonneuse le commencement ( MaTlC) n'est pas si mauvais que l'on pourrait s'y attendre. Le film garde les éléments principaux de l'orignal et répond même aux questions du spectateur sur l'origine de l'histoire.
Le problème de pas mal de remakes c'est qu'ils tentent de copier l'original, tout en supprimant sa violence et son côté abrupte, pour que le film ne soit pas victime de la censure et bénéficie d'une plus grande part de spectateurs ( et donc plus de sous dans les caisses ).
Heureusement ce n'est pas trop le cas dans le film de Liebesman : certaines scènes étant même assez horribles ( l'effet Saw peut être ? ).

Jordana Brewster. Metropolitan FilmExport

D'entrée, le réalisateur annonce la couleur, avec le générique narrant la jeunesse de Leatherface ( d'ailleurs je trouve quelques légères ressemblances avec celui de La colline à des Yeux d'Aja : l'origine du mal ). On apprend que le tueur à la tronçonneuse est né dans un abattoir sordide et que sa mère s'est débarrassée de lui en le jetant dans une poubelle.
Leatherface a donc été adopté, et c'est son père adoptif, Hewit ( qui a pris le nom Hoyt après avoir assassiné le shérif qui portait ce nom ) qui le pousse au meurtre sauvage.
L'autre moment particulièrement intéressant, c'est celui où Leatherface enfile son masque (son surnom vient d'ailleurs de ce dernier, Leatherface signifie en effet en anglais "visage de cuire" ) comme le font presque tous les tueurs en série du cinéma ( Myers dans Halloween pour n'en citer qu'un ). L'explication d'une des parts importante du mythe.
Le film de Liebesman ne perd pas non plus le côté revendicatif  du film d'Hooper. Les jeunes qui devaient se rendre au Vietnam et qui finissent piégés dans un abattoir de cannibales est une métaphore assez critique de l'Amérique guerrière. Envoyer des hommes à la guerre, n'est-ce pas d'une certaine façon la même chose que les envoyer de force dans un abattoir, puisque la guerre fait d'eux des bêtes sauvages ou de la chaire à canon ?
Le Massacre à la tronçonneuse de 2007, où les allusions nombreuses à la guerre du Vietnam sont à relier avec le contexte de la guerre actuelle en Irak ( l'histoire se répète ), fait échos au Massacre à la tronçonneuse de 1974, dénonciation d'une Amérique qui s'est embourbée elle-même dans une guerre sanglante.
Il y a un autre aspect politique dans ce film, bien qu'il occupe une place plus légère. Il ne faut pas oublier que ce qui a fait des Hewitt des cannibales, c'est ( en partie ) l'abandon et la misère sociale dans laquelle ils se trouvaient. Bien sûre, la folie du père est directrice de la barbarie cannibale de la famille, mais on peut seulement constater que les causes sociales de cette barbarie sont quand même citées à plusieurs reprises. Dans la plupart des slashers ( je considère MaTlC comme un slasher ) les tueurs sont des fous et des cinglés dangereux, mais dans le film de Liebesman, il y a plusieurs cause à la folie meurtrière qui va suivre : la jeunesse terrible de Leatherface, la misère sociale et quand même aussi la démence sadique de Hoyt.

R. Lee Ermey. Metropolitan FilmExport

Massacre à la tronçonneuse , le commencement puise beaucoup dans le film de Hooper, faisant de nombreux clins d'œil se rapportant à ce film. Ainsi, on a le droit à une scène qui annonce ( chronologiquement, le film de Liebesman se déroule avant celui de Hooper ) la scène du repas culte de Massacre à la tronçonneuse 1974. Elle reste cependant beaucoup moins glauque que celle de l'original.  Je tiens d'ailleurs à signaler, en passant, que le film français Frontières a complètement pomper cette scène, mais de façon grossière.

Taylor Handley, Marietta Marich et Diora Baird. Metropolitan FilmExport

On peut aussi penser que la course poursuite entre Leatherface, armé de son arme fétiche,  et l'une des filles, s'inspire directement de la poursuite finale dans le film de 1974.
Le lieu d'action principal du film, la maison des Hewitt, a été tourné dans la même maison abandonnée ( une bicoque perdus dans le Texas ) où avait tourné Hooper. Pour ce qui est des décors, ils contribuent grandement à l'atmosphère angoissant du film : bar miteux, champs désertiques, voitures en ruines ... Tout suggère l'idée d'une mort imminente.

Jordana Brewster. Metropolitan FilmExport   

Assez pessimiste ( la fin m'a assez surpris ), Massacre à la tronçonneuse le commencement raconte comment du simple boucher de l'abattoir du coin, Leatherface est devenus le monstre sanglant du Texas.
Seul sur une route déserte, Leatherface n'en est qu'à ces débuts : la bête est lâchée

Andrew Bryniarski. Metropolitan FilmExport

Massacre à la tronçonneuse le commencement est donc un assez bon film. Essayant de se démarquer de la comparaison difficile avec l'original de Hooper, tout en respectant les points importants du mythes, et en en expliquant même certains aspects, Liebesman s'en tire pas mal.  On en peut quand même pas considérer son film comme un chef d'œuvre, il ne se démarque pas trop du lot de films d'horreurs américains actuels, au contraire de son aîné. Mais pour l'instant, la tronçonneuse n'est pas encore tombée en panne.